Des médias indépendants pour la démocratie

Non à l'initiative No Billag!

La priorité du comité No Billag n’est pas la suppression de la redevance. Il planifie surtout l’abolition de la radio et de la télévision publiques indépendantes. 

Roland Kreuzer, secrétaire central secteur Médias

Avec l’initiative No Billag, les représentants de la droite veulent détruire les médias de service public. Son acceptation le 4 mars prochain signerait l’arrêt de mort de la SSR, mais aussi la disparition de nombreuses chaînes de radio et télévision privées. No Billag ne s’attaque pas à l’entreprise qui encaisse les redevances, mais à la libre formation de l’opinion.

L’existence de la SSR dépend directement des rede­vances radio et télévision, qui représentent aujourd’hui les trois quarts de ses ressources totales de 1,6 milliard de francs (un quart étant constitué des recettes publicitaires). Qui a intérêt à tirer la prise de la SSR ? Des groupes financièrement très puissants, qui ont les moyens de mettre en place des chaînes de propagande privées.

Le texte de l’initiative ne laisse planer aucun doute sur les intentions de ses auteurs. Il prévoit d’ancrer les principes suivants dans l’article 93 de la Constitution :

  • La Confédération met régulièrement aux enchères des concessions de radio et de télévision.
  • Elle ne subventionne aucune chaîne de radio ou de
  • télévision. Elle peut payer la diffusion de communiqués officiels urgents.
  • Aucune redevance de réception ne peut être prélevée par la Confédération ou par un tiers mandaté par elle.

Autrement dit : seuls ceux qui possèdent vraiment beaucoup d’argent et paient le prix le plus fort pourront dorénavant diffuser des programmes. Par ailleurs, un principe fondamental pour la Suisse sera biffé de la Cons­titution: « La radio et la télévision contribuent à la formation et au développement culturel, à la libre information de l’opinion et au divertissement. Elles prennent en considération les particularités du pays et les besoins des cantons. Elles présentent les événements de manière fidèle et reflètent équitablement la diversité des opinions.»

Les grands groupes d’édition tendent de plus en plus à traiter l’information  comme une marchandise qui doit leur permettre d’encaisser un maximum d’argent : Ta­media remplace ses douze rédactions par une rédaction unique en Suisse romande et en Suisse alémanique, NZZ et AZ Medien suivent le mouvement en regroupant leurs titres régionaux.

Blochérisation de l’information

Christoph Blocher, quant à lui, a reconnu depuis long­temps le pouvoir des médias pour atteindre ses objectifs politiques. Après la Weltwoche et la Basler Zeitung, il s’est accaparé l’année dernière des dizaines de gratuits régionaux et tente aujourd’hui de rafler le puissant quotidien Südostschweiz. 

Cette situation est très dangereuse : si des milliardaires et des actionnaires avides de profit décident dorénavant quelles informations nous recevrons (et sous quelle forme), le débat d’idées et la liberté d’expression sur des thèmes de société importants seront compromis. Le paysage médiatique risque de s’assécher davantage et il en découlera une blochérisation du débat public. On en observe les prémices : l’information objective, la diversité et le développement culturel, pourtant inscrits comme missions de la radio et de la télévision dans la Constitution actuelle, sont de moins en moins pris en compte.  

Le service public dans les médias mérite bien 1 franc par jour

Sans redevances, 6000 emplois seront menacés à la SSR. Les syndicats évaluent les pertes d’emplois à 13 500 places de travail dans le secteur des médias en cas d’acceptation de l’initiative. Car de nombreuses chaînes de télévision et radios régionales privées, telles que Radio Chablais ou Lausanne FM, ne survivent que grâce à leur part (modeste) de redevances.

  • Les partisans de No Billag créent un climat dominé par l’égoïsme où les valeurs de la Suisse sont reniées. Leurcredo : les utilisateurs qui regardent des films ou des séries via Netflix ou Teleclub ou des émissions sportives sur Sky, ou écoutent et regardent de la musique sur des canaux payants – ou téléchargent de préférence gratuitement leur offre culturelle personnelle – ne doivent pas être contraints de payer pour un programme complet de la SSR. Chacun ne doit payer que sa consommation médiatique personnelle ! Qui se soucie du fait que cescanaux commerciaux ne proposent quasiment aucune information ? Et encore moins une offre informative adaptée à un pays quadrilingue. Cette mentalité ne laisse aucune place aux minorités – culturelles et linguistiques – ni aux amateurs de musique folklorique, etc.
     
  • Ceux qui savent compter sont tout à fait conscients que les abonnements de la TV payante pour les offres de sport mainstream (Ligue des Champions, Coupe du monde de football, Jeux olympiques, courses de ski, etc.), sans l’offre du service public, coûteraient bien plus que la SSR. Or c’est exactement ce que visent les auteurs de l’initiative anti-SSR : sans la SSR, ils pourraient plumer à leur guise les téléspectateurs et téléspectatrices.
     
  • La SSR est bon marché. A partir de 2019, elle ne nous coûtera pas plus de 1 franc par jour. 1 franc par jour pour 34 chaînes de radio et TV privées et 27 programmes publics de radio et télévision, c’est tout à fait supportable. 
     
  • L’égoïsme et le commerce sans limites, ainsi que la suppression du service public dans les médias ne correspondent pas à notre conception de la démocratie en Suisse. Dans cette logique d’une Suisse sans service public, les malades devraient supporter eux-mêmes leurs frais d’hôpitaux, les étudiants payer leurs enseignants et les zones rurales et de montagne financer la distribution postale plus chère dans leur région, etc. 
     
  • Il est déjà arrivé à tout le monde de pester contre l’une ou l’autre émission télé ou contre le manque d’intérêt de la télévision pour ses préoccupations personnelles. La SSR appartient toutefois à la population. C’est pourquoi on peut discuter publiquement de son mandat de programmation. Sur Teleblocher ou Tagi.TV, les chefs décident seuls des programmes. Pour syndicom, en tant que syndicat, en tant que partie de la société civile et en tant qu’organisation des professionnels des médias, le débat sur les programmes a une grande importance.
     
  • Mais le 4 mars prochain, nous ne voterons pas sur les programmes. Les citoyens et citoyennes qui accepteraient l’initiative No Billag pour punir la SSR se tireraient eux-mêmes une balle dans le pied : la discussion sur les programmes ne peut être menée qu’à condition de préserver la SSR, entreprise de médias publique.
     
  •  droit à une information large est un droit fondamental, qui ne peut être garanti qu’à travers un service public fort au sein des médias. Des médias indépendants des intérêts privés sont essentiels pour le bon fonctionnement d’une démocratie.

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