La diversité des médias vaut chaque centime

Sans redevances, un paysage médiatique dévasté

Dans aucun autre pays européen, les redevances radio-télévision ne sont aussi chères qu’en Suisse. Il y a des raisons à cela : selon la Constitution fédérale, la SSR est tenue de proposer dans les quatre langues nationales des programmes pour tous les habitant(e)s du pays. Or ces marchés sont trop petits pour qu’il soit possible de financer ces programmes d’abord à travers la publicité. C’est pourquoi la Suisse a absolument besoin d’un financement public pour son service public médiatique, mais pas d’une initiative No Billag.

Nina Fargahi est rédactrice en cheffe de l’édition allemande d’Edito, le magazine suisse des médias et travaille aussi comme journaliste indépendante

L’information et les émissions de divertissement ne sont pas gratuites. Les émissions radiophoniques et avant tout celles de télévision sont justement chères à produire. Celles d’information surtout occasionnent des coûts élevés. Même sur les marchés de grande taille, il est difficile de les financer avec la publicité. Par exemple, le Nachtjournal de la chaîne commerciale allemande RTL, un média plutôt de boulevard, est extrêmement apprécié, mais pas rentable. Et s’il n’a pas été supprimé, cela tient bien sûr à ses bons taux d’audience. Aux États-Unis aussi, les grandes chaînes télévisuelles ABC, NBC et CBS se battent contre des coûts trop élevés. Toutes ont dû sans exception réduire leurs réseaux de correspondant(e)s.

Mais alors, comment financer l’offre médiatique ? Quand même à travers la publicité ? En 2016, les chaînes de la SSR ont diffusé pour 361 millions de francs de publicité. Avec ces recettes publicitaires, la SSR ne couvre qu’un quart de ses dépenses. Et impossible de développer encore plus la publicité. Cela, aussi parce qu’en raison de la petite taille des marchés, elle n’est pas assez intéressante. Et parce qu’une part toujours plus importante du volume publicitaire va chez Google, Facebook et Cie.

Comme solution pour la SSR, les auteurs de l’initiative No Billag prônent des offres payantes. Même si chacun sait que les télévisions à péage sont tout au plus rentables pour le sport, les films et les séries. Et même si toujours moins de personnes sont prêtes à s’abonner à un journal, et encore moins à une offre en ligne.

Il est donc clair que si l’on veut réussir à proposer dans notre pays une radio et une télévision avec un programme d’information et de divertissement conçu pour la Suisse, il faut des redevances ou une autre forme de financement public. Sinon, c’est impossible. En cas d’acceptation de No Billag, le paysage radiophonique et télévisuel suisse volerait en éclats. Et pas seulement la SSR, mais aussi 21 radios locales et 13 télévisions régionales qui dépendent également des redevances de Billag. Pas besoin d’être bardé de diplômes en économie pour en arriver à cette constatation objective. Tout le monde devrait voir que l’on ne peut pas imaginer que la SSR survive si on lui supprime les trois quarts de ses recettes. Quant aux télévisions régionales, No Billag annihilerait plus de la moitié de leurs recettes.

Cela ne suffirait même pas pour un programme minimal en Suisse romande, au Tessin et dans la Suisse rhéto-romane. Ces marchés sont trop petits. Aujourd’hui déjà, 57 % du produit des redevances leur sont destinés, même si leurs habitants n’y contribuent qu’à hauteur de 27  % en payant les leurs.

C’est pour cela que l’initiative No Billag concerne bien plus que les redevances. Si elle était acceptée, la Confédération n’aurait ni le droit de percevoir des redevances radio-TV, ni celui de garantir un soutien financier. Non seulement ce serait la fin de la SSR dans sa forme actuelle, mais la Confédération aurait aussi les mains liées en matière de politique des médias. Quiconque pourrait enchérir pour obtenir une concession n’aurait plus à s’efforcer de proposer un programme d’information présentant les événements de manière fidèle et respectant la diversité des opinions. Il n’aurait pas à contribuer à la libre formation de l’opinion et au développement culturel et ne devrait pas non plus tenir compte des particularités du pays. Il ne serait alors plus possible d’imaginer une présentation des événements couvrant tout le pays qui soit tant financièrement que politiquement indépendante.

Nous devons donc corriger notre première phrase ci-dessus : dans aucun autre pays européen, le pluralisme des médias et le respect des minorités ne sont aussi chers qu’en Suisse. Mais chaque centime en vaut la peine.

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