Migros trahit son plan social
Des livreur-euses de Smood licencié-es ne sont pas réengagé-es par Just Eat. Malgré le plan social et les promesses de Migros.
Texte : Muriel Raemy
Du travail, il y en a, pourquoi ne pas le donner à celles et ceux qui connaissent les rouages du métier et ont l’expérience de la logistique ?
s’énerve Virginie Zürcher, coresponsable pour la Suisse romande chez syndicom.
Mercredi 13 mai, devant la Migros des Pâquis, les livreurs et livreuses de Smood récemment licencié-es ont poussé un coup de gueule. Depuis la fin de leur contrat le mois dernier, après la fermeture de la filiale Smood par Migros Genève, ils et elles sont en effet en conflit ouvert avec leur ancien employeur.
Le motif ? Dans le plan social, Migros s’était engagée à proposer un réengagement à ses ancien-nes livreur-euses. Une promesse qu’elle ne tient pas alors que Just Eat, son nouveau partenaire de livraison, recrute massivement dans le canton. « Le timing est grotesque. Pile au moment où les livreurs et livreuses de Smood cherchent désespérément un nouvel emploi, ils et elles se retrouvent sur le carreau », clame Virginie Zürcher. Pour rappel, la fermeture de Smood a entraîné le licenciement de 400 collègues.

Recruter les personnes licenciées
Les conditions dans la livraison sont rudes. Les ancien-nes employé-es montrent les photos des lourdes charges qu’ils et elles transportaient dans leur véhicule personnel ou à vélo pour livrer les courses commandées chez Migros. Le quotidien chez Smood n’était pas facile, mais il avait le mérite d’offrir un emploi à temps plein et un revenu stable.
Nous voulons juste retrouver un emploi
scandent les collègues qui tiennent la banderole de protestation.
Le plan social prévoyait notamment de reclasser les collègues auprès de Just Eat, la direction de Smood adressant une recommandation personnelle. Mais sur le terrain, la réalité s’avère différente : une partie des travailleur-euses qui ont postulé chez Just Eat, espérant poursuivre leur mission auprès de Migros, ont reçu une réponse négative. « Just Eat exige une adresse en Suisse pour être embauché-e. Beaucoup des livreur-euses sont frontalier-ères. Cette clause n’a jamais été évoquée lors des pourparlers. C’est de la discrimination pure et simple », explique Virginie Zürcher.
Une plateforme déloyale
syndicom demande à Migros d’obliger son nouveau partenaire à négocier une CCT. La plateforme internationale tente en effet de contourner le droit suisse en faisant appel à des entreprises sous-traitantes. Or, les plateformes devraient accorder à leurs livreur-euses les avantages fixés par la CCT. « Les Smoodeurs ne peuvent pas être les oubliés de cette histoire, pas après autant d’années à effectuer un travail mal reconnu et peu considéré. Nous demandons à Migros de respecter sa parole donnée, de recommander leur CV, d’imposer des normes légales sociales à Just Eat et que les personnes transfrontalières ne soient pas discriminées », concluent les collègues.