Toute personne qui travaille doit pouvoir vivre de son salaire. La population et les parlements de plusieurs cantons et villes ont ainsi adopté des salaires minimaux : les cantons de Genève, de Neuchâtel, de Vaud et du Tessin, ainsi que les villes de Zurich, Winterthour et Lucerne. C’est une source constante d’irritation pour la majorité bourgeoise au Parlement à Berne.

Lors de la session d’été, cette majorité bourgeoise a décidé de ne pas accepter les décisions démocratiques prises dans les cantons et les villes. Les salaires minimaux existants ne devront plus être adaptés à l’augmentation du coût de la vie dans l’hôtellerie-restauration, le nettoyage, la coiffure, les boulangeries et dans d’autres branches à bas salaire. Le Parlement entend même interdire purement et simplement de nouveaux salaires minimaux dans ces branches. Des milliers de travailleur-euses qui peinent déjà aujourd’hui à joindre les deux bouts avec leur salaire seront concerné-es.

Attaque contre les salaires à la demande des restaurateurs

La Berne fédérale agit à la demande des restaurateurs : dans l’hôtellerie-restauration, de nombreuses entreprises sont rentables grâce à des salaires de misère. Les restaurateurs s’opposent depuis des années à toute amélioration des salaires. Dès qu’ils le peuvent, ils bloquent les salaires minimaux. Cette attitude ne se limite malheureusement pas au seul secteur de l’hôtellerie-restauration. Le directeur de l’Union patronale suisse, Roland Müller, l’a affirmé sans honte : « Il n’est pas de la responsabilité des employeurs de verser un salaire couvrant les besoins existentiels. » En d’autres termes, si cela profite à l’entreprise, les travailleur-euses doivent se contenter de moins bons salaires.

Les salaires minimaux sont pourtant une réussite : partout où ils ont été introduits, on observe une diminution du nombre de personnes touchant des salaires de misère, sans que le taux de chômage n’augmente. Grâce aux salaires minimaux, les travailleur-euses ont plus pour vivre. Si de nombreux exemples dans nos pays voisins le montrent, les expériences menées en Suisse sont très parlantes : grâce au seul salaire minimum genevois, près de 15 000 employé-es dans la vente, le nettoyage et d’autres secteurs à bas salaires bénéficient de salaires plus élevés.

Les salaires minimaux soulagent également la collectivité : moins de salaires de misère signifient moins de prestations d’aide sociale et de réductions de primes. Les cantons et les communes n’ont plus à prendre en charge les bas salaires versés par les employeurs. L’attaque contre les salaires minimaux remet tout cela en question.

Atteinte aux décisions populaires et au fédéralisme

La politique sociale relève de la compétence des cantons et des communes. C’est pourquoi ils sont habilités à fixer des salaires minimaux pour prévenir la pauvreté induite par le travail. En prenant cette décision, le Parlement prive les cantons et les communes d’un outil leur permettant de lutter contre les salaires de misère. La Berne fédérale outrepasse ainsi non seulement ses compétences, mais entraîne également des dépenses supplémentaires au niveau local. En clair : la Berne fédérale dicte sa volonté, et ce sont les cantons et les villes qui paient.

L’USS s’oppose à cette attaque contre les salaires et a lancé un référendum. Les décisions populaires doivent être respectées. Les cantons ont besoin de leurs instruments de politique sociale et de leur marge de manœuvre. Toute personne qui travaille doit pouvoir vivre de son salaire.

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