Gilles : Un journal personnel.
Les Éditons Favre viennent de publier un livre fort émouvant. Sous la responsabilité éditoriale de Gilbert Coutaz, directeur honoraire des archives cantonales vaudoises, nous découvrons un échange de correspondances entre Jean-Villard-Gilles et le père jésuite Pierre Brandicout de 1936 à 1981.
L’auteur merveilleux de « La Venoge, de la Fille sans cœur, des Trois cloches et de tant d’autres chefs-d’œuvre, se livre plein de remorts, empêtré dans les contradictions qu’il se reproche entre sa vie personnelle et la perfection humaine dont il se fait le chantre.
Notre génération de Vaudois et Vaudoises est infiniment reconnaissante à ce poète. Il a si bien fait son métier. Il a si bien décrit les choses simples de la vie en les magnifiant. Il a su, avec humour, dénoncer les petits et gros travers de notre génération et à chacune de ses « accusations », il a terminé ses chansons par un verset d’espérance. Qu’était la Venoge avant 1954 ? Un simple ruisseau du Canton de Vaud. Qu’est-elle devenue depuis que notre grand poète l’a redéfinie alors qu’il était en vacances en Bretagne ? Presque un hymne national, un cri du cœur pour ceux qui veulent dire l’attachement qu’ils ont pour ce pays.
La nouvelle génération ne connaît pas ce chanteur qui fut aussi une vedette de tout premier plan en France, à l’époque du Front populaire. C’est normal. Cela fait presqu’un siècle. Encore qu’elle ferait bien de s’y référer comme elle « doit » le faire avec les auteurs classiques des 17èmes siècles et suivants. J’admets qu’il ne soit pas facile d’imaginer de mettre sur un pied d’égalité Victor Hugo et Jean Villard. Son œuvre n’est pourtant pas prisonnière de l’histoire même si elle y est profondément attachée : Pensons à « 14 juillet ». Mais si vous pensez à « Dollars », vous ne pourrez lui reprocher de ne plus être d’actualité que dans cinq ans, lorsqu’il se sera fait supplanter par le yen. Lisez ce livre. Un grand moment d’émotion.
Pierre Aguet