Contrôler l’opinion publique
C’est un sujet essentiel. Si l’on veut comprendre pourquoi les progressistes ont tant de peine à se rendre majoritaires dans nos pays dit démocratiques, c’est vers le contrôle de l’information qu’il faut tourner nos regards. Nous avons une presse ouverte où des personnalités de gauche comme des Pierre-Yves Maillard bénéficient de temps en temps de pages entières qui leur sont consacrées. Cela donne le change.
Ce que l’on oublie toujours, se sont bien les milliardaires, ou les « rédenchefs » qui leurs sont subordonnés, qui choisissent à qui la parole sera donnée. Myret Zaki affirme : « Les milliardaires sont les Rédacteurs en chef du monde ». Si un PYM se permet de dénoncer les turpitudes des amis de ceux qui contrôlent nos journaux, il sera assuré de ne plus jamais être invité à donner son avis. Tant qu’il défend les initiatives des syndicats et de la gauche, il sera invité. C’est son rôle. Il ne doit jamais le dépasser. Il le sait. Jeune conseiller d’État, il s’était permis de dire que si nous avions tant de pauvres en Suisse, cela venait du fait que les employeurs ne payaient pas assez leurs collaborateurs. C’était donc de leur faute. Il s’est fait taper sur les doigts et ne s’est plus jamais permis de dire de telles vérité en public.
Puisque les leaders de nos partis de gauche et des syndicats sont appelés rarement à s’exprimer dans la grande presse, que lors des débats TV, ils ont droit au même temps de parole que leurs interlocuteurs, ils se congratulent en disant qu’ils travaillent dans la meilleure des démocraties du monde. Sont-ils conscients que, quand ils s’expriment dans leurs journaux, ils ne s’adressent qu’à des convaincus qui, déjà, payent des cotisations pour les soutenir. Or, puisqu’ils prétendent travailler pour toute la population, c’est à elle qu’ils devraient s’adresser.
Ils ne le font pas. Trop cher, difficile de faire confiance à un rédacteur en chef. Ils se contentent d’envoyer tous les cinq ans des tout-ménages pour crier : « Votez pour nous ». Ou, de temps en temps : « Votez comme nous ». Si l’on veut sortir de ce rôle d’éternels minoritaires, il n’y a qu’un moyen : considérer tous les citoyens et toutes les citoyennes comme faisant partie du peuple que l’on veut défendre, leur tendre la main, les associer à nos réflexions, à nos hésitations, à nos combats. Je suis de ceux qui ont parfois fait ces dénonciations.
Les journalistes de la région puis de la Suisse romande ont reçu l’ordre de ne plus jamais évoquer le travail du soussigné, ni à la Municipalité, ni au Grand-Conseil, ni au Conseil national. Alors qu’ils me rencontraient partout, désolés, ils me l’ont expliqué. Sur ce thème, je suis informé. Nous pourrons y revenir. Des artistes comme Jean Ferrat en France ou Michel Bühler en Suisse étaient interdits d’antenne. Il n’y a donc pas seulement la manière dont on nous informe, il y a aussi tout ce qui nous est caché.
Une solution ? Donner à l’État la mission de s’assurer que tous les partis de nos démocraties puissent alimenter le débat public. Mais, évoquez-donc une telle ouverture et vous entendrez les cris d’orfraies de ceux qui veulent garder le contrôle de l’opinion publique… crier à la dictature.
Pierre Aguet, ancien conseiller national, Vevey