En l’absence d’un plan social, la pression monte à TeleBielingue
Une large majorité des employés de la chaîne ont mené une action de protestation mercredi pour réclamer un plan social, pour l’heure refusé par la direction de Gassmann Media. Une pétition a été remise.
Texte : Donna Leonie Gallagher
publié pour la première fois le 7 mai dans Ajour
Midi tapante, sous une pluie battante. La quasi-totalité des employés de TeleBielingue se massent au pied du Communication Center, les locaux de la chaîne, à Bienne. Ils et elles mènent cette action coup de poing dans l’espoir d’obtenir un plan social, toujours refusé par la direction du groupe médiatique, malgré le licenciement de 41 personnes. Mais du côté de la direction, personne n’est présent. «C’est une journée très symbolique, merci à toutes celles et ceux qui sont là», lance toutefois Claudia Nuara, porte-parole des employés, face aux journalistes et à quelques soutiens.
Objectif affiché: rendre visible leur situation – et forcer la direction à réagir. Une pétition, signée par une large majorité du personnel, a ensuite été déposée dans le bureau du CEO de Gassmann Media, avec une demande claire: la réouverture de négociations et la mise en place de mesures sociales.
Une grande opacité?
On rappelle que depuis plus de deux ans, la saga TeleBielingue s’étire. Tout commence lorsque la chaîne perd sa concession au profit de Canal B, un projet porté par Canal Alpha, sur décision de l’OFCOM. Deux recours plus tard, le Tribunal fédéral tranche, le 28 mars dernier: dès le 1er juillet 2026, les financements publics iront à Canal B. Dans la foulée, Gassmann Media annonce vouloir licencier l’ensemble du personnel – une quarantaine d’employés et une quinzaine de freelances – au 30 juin, avec un mois «offert». Sans les 3,7 millions de francs de soutien annuel, «le modèle économique n’est plus viable», justifie la direction, qui exclut aussi tout plan social, faute d’obligation légale.
Face à cette décision, les salariés s’organisent et mandatent syndicom. Une phase de consultation s’ouvre jusqu’au 22 avril: les équipes cherchent des alternatives aux licenciements et réclament un plan social. A son terme, la direction campe sur ses positions pour les mesures sociales. Toutefois, elle annonce la création d’une TeleBielingue 2.0, sans vraiment en préciser les contours – si ce n’est qu’elle fonctionnerait avec 17 personnes.
Très vite, certains employés sont contactés individuellement, sommés de se décider en quelques heures. Beaucoup refusent. D’autres acceptent. «Cette démarche se fait dans une opacité quasi totale, créant un profond sentiment de malaise et d’injustice au sein des employés de TeleBielingue», déplore dans un communiqué la délégation du personnel, appuyée dans ses démarches par syndicom. Puis, le 30 avril, tombe le licenciement de la directrice des programmes, Chrystel Breuer. Pour plusieurs salariés, c’est la rupture. Certains, qui avaient d’abord accepté l’offre, demandent finalement à être licenciés. «Elle a été fidèle à Gassmann Media durant ces deux ans, elle s’est battue pour que la chaîne tienne. Pour nous, ça a été la goutte de trop, une rupture de confiance», confie un journaliste.

Un plan social à trois piliers
C’est dans ce climat quelque peu chaotique que s’est tenue l’action de remise de pétition ce mercredi. Concrètement, les employés de TeleBielingue demandent une aide financière, du temps pour une réorientation professionnelle et un soutien à la formation continue pour celles et ceux qui en auraient besoin. «Il n’y a certes pas d’obligation légale, mais nous en appelons à la responsabilité morale de nos employeurs», relève Claudia Nuara.
Pour Mathilde Matras, secrétaire régionale pour les Médias, il reste un espoir. «Notre présence ici montre notre détermination. Nous demandons un véritable dialogue», lance-t-elle. «Il faut aussi souligner la loyauté et la solidarité du personnel. Après deux ans d’attente, le jour où ils ont appris la perte de la concession, ils étaient presque toutes et tous encore là.»
Plus qu’un soutien temporaire
Du côté de la direction, le ton se veut plus posé. «J’ai reçu les employés de TeleBielingue dans mon bureau à 13h pour qu’ils me remettent la pétition», confirme Christian Bärenfaller, CEO de Gassmann Media. «Bien sûr, je comprends qu’ils aient besoin de mener ce type d’action. Mais de notre côté, nous avons l’impression d’avoir bien communiqué, d’avoir été transparent et très direct.»
Quant à un potentiel plan social, le CEO justifie la décision qui n’a, pour l’heure, pas l’air d’être sur le point de changer: «TeleBielingue vit grâce à la concession. Et l’une des règles lorsqu’on touche cet argent public, c’est de ne jamais faire de bénéfice, et donc d’économie. C’est pourquoi nous n’avons pas de réserves destinées à un plan social», explique-t-il.
«Par contre, nous avons décidé d’investir de l’argent pour que TeleBielingue survive. Et ainsi, nous offrons la possibilité à une partie non négligeable des employés de garder un travail et un salaire, et pas juste un soutien temporaire.»
«Nous aimons TeleBielingue»
Pour l’heure, un peu moins d’une dizaine d’employés de la chaîne déchue ont décidé de se lancer dans l’aventure TeleBielingue 2.0. «C’est un processus dynamique, et on comprend qu’il y a un grand aspect émotionnel là-dedans. Mais au final, nous aurons une équipe qui sera contente d’être là», avance encore le CEO.
Les employés ainsi que syndicom demandent une réponse de la part de la direction d’ici au 10 mai. Avec comme espoir premier l’obtention d’un plan social pour les 41 personnes licenciées. «Nous aimons TeleBielingue. Et nous saluons la décision de l’éditeur de la maintenir en vie. Mais la façon dont nous sommes traités est intolérable», conclut Claudia Nuara.