« Une CCT distribution de force obligatoire pour nous défendre contre les plateformes »
Portrait de Lukas Kaufmann
Texte : Giovanni Valerio
Photo: Sandro Mahler
J’ai découvert le vélo lors d’un voyage en Hongrie, quand j’avais vingt ans. J’en ai loué un et depuis je n’ai plus arrêté, au point d’en faire mon métier. En 1998, j’ai fondé Saetta Verde, afin de proposer un service de courrier à vélo à Lugano. J’avais appris les astuces du métier à Zurich, où un service de ce type existait déjà. Je me suis lancé, avec passion. Au début, cela n’a pas été facile, j’ai dû exercer d’autres métiers, comme celui d’agent Securitas.
Les services de courses à vélo sont un marché de niche, limité au sac à dos de 10 kg et au dernier kilomètre, donc aux livraisons urgentes, comme les fournitures médicales ou les documents officiels. Au fil des 30 dernières années, notre travail a considérablement changé. Au début, nous transportions, par exemple, les billets d’avion imprimés des agences de voyages aux bureaux. Internet et les évolutions numériques ont tout changé. Nous nous sommes adaptés et avons élargi notre activité. L’année dernière, nous avons démarré la location et la réparation de vélos.

L’un des objectifs de notre association est de favoriser l’insertion professionnelle des demandeur-euses d’asile. Nous accompagnons une vingtaine de personnes dans ce parcours, avec le soutien du Canton.
En 2012, la nouvelle loi sur La Poste, la PostCom, imposait une convention collective de travail (CCT) aux entreprises du secteur dont le chiffre d’affaires annuel atteignait un demi-million de francs. Les entreprises suisses de coursiers à vélo ont donc créé l’association professionnelle Swiss Messenger Logistics et entamé des négociations avec syndicom. Après cinq ans de négociations, un accord a été conclu. Nous sommes partis de rien, dans un secteur où les travailleur-euses étaient peu au courant de leurs droits. À tel point que certaines personnes auraient même continué à travailler comme auparavant, payées à la tâche.
Le soutien de syndicom sur les questions techniques et juridiques a été fondamental. Grâce à la CCT, les coursier-ères à vélo des 17 entreprises affiliées à Swiss Messenger Logistics (entre autres, swissconnect, Chaskis et veloblitz) sont désormais payé-es à l’heure, et non plus à la livraison. La CCT prévoit également des indemnités pour le travail du dimanche et le remboursement des frais, comme l’utilisation de son propre vélo ou de son téléphone portable. L’objectif, désormais, est de faire déclarer la CCT de force obligatoire générale dans toute la Suisse et pour l’ensemble des coursier-ères à vélo, y compris pour les livreur-euses de repas (food rider). Les entreprises qui avaient une CCT dans ce secteur, comme Smood ou FWG (famille Wiesner Gastronomie), ont dû fermer face à la concurrence trop rude et déloyale des autres plateformes. Si les Cantons obligeaient ces plateformes à se conformer à la CCT, cela réduirait la concurrence, dont pâtissent les travailleur-euses et les entreprises, qui paient leur juste part.
Biographie de Lukas Kaufmann
Lukas Kaufmann est le fondateur et le directeur de Saetta Verde, l’un des premiers services de coursier-ères à vélo au Tessin. Association à but non lucratif avec plus de 40 salarié-es, elle emploie des personnes en réinsertion professionnelle. Lukas Kaufmann a grandi dans le Malcantone. Marié et père de quatre filles, il vit à Pregassona.