Article

«Je me bats pour échapper à la morosité ambiante»

Tout en tournicotant une mèche de cheveux entre ses doigts, Sandra Luisier, styliste de 46 ansau magazine Femina, raconte son engagement dans la mobilisation massive du secteur de la presse, au printemps dernier, contre les prévisions de licenciements du groupe Tamedia.

Le 26 avril dernier, Sandra Luisier­ était montée à Zurich à l’assemblée générale de Tamedia­ avec la délégation lausannoise des journalistes, bras dessus, bras dessous. « Inventer des slogans, crier dans la rue dans la bonne humeur, je trouve que ça permet de se sentir moins impuissants, de ne pas subir la morosité ambiante. Je suis de ceux qui pensent que ce n’est pas inutile d’agir. » Pas dupe pour autant sur le renoncement des actionnaires à une partie de leurs dividendes, Sandra Luisier prévoit de continuer à se battre contre la résiliation de la Convention collective de travail par Médias Suisses au 31 décembre 2013.

Pied de nez à certains préjugés

Syndiquée dès 1999, elle s’investit énormément depuis quelques mois. Habitante d’Yvonand, dans le canton de Vaud, elle est l’une des fondatrices de la Société des rédacteurs et du personnel (SDRP) de Femina. Et dit son ras-le-bol d’aller chaque jour au travail avec la boule au ventre. « Je ne veux pas revivre une vague de licenciements comme en 2009, grimace-t-elle. C’était horrible. » D’où la volonté, de la part de l’équipe du magazine, de créer de toutes pièces une SDRP. Rien d’équivalent n’existait jusque-là dans cette rédaction. Sandra Luisier en est la coprésidente, aux côtés d’une journaliste, et voit aussi cette entité comme un pied de nez à certains préjugés. « Cela nous a permis de prouver que chez Femina, nous n’étions pas préoccupés que par des histoires de cheveux, mais que nous nous intéressions aussi à la politique. »

Malgré tout, malgré les incertitudes sur son avenir professionnel, Sandra Luisier ne perd pas la foi, même au premier jour de son retour de vacances, lorsqu’on la rencontre, déjà fatiguée par l’ambiance maussade et résignée du travail. « Je sens que les gens commencent à se décourager. Moi, j’ai la hargne ! » Décidée, elle continuera à se mobiliser jusqu’à la fin de l’année­. Et cela, même si syndicom est relégué au second plan pour les négociations avec Médias Suisses, dans l’ombre d’Impressum­. C’est que la revendication est nichée dans les gènes de sa famille. « Mon arrière-grand-père s’est battu pour le droit à l’AVS. » C’est donc tout naturellement que cette mère de trois enfants s’implique pour la SDRP de Femina.

De la couture à la presse

Même si elle ne vient pas directement de ce milieu, Sandra Luisier est inquiète pour l’avenir de la presse. Styliste à Femina depuis quatre ans, cette couturière de formation est d’abord passée par la rubrique « Le Guide » au journal romand Le Matin en tant que « shoppeuse » et rédactrice. Avant d’atterrir dans le monde de la presse, elle était créatrice de sacs à son compte. « Encore avant cela, j’étais costumière de théâtre. J’ai eu un parcours atypique… » De l’Ecole de couture de Lausanne au métier de styliste dans un magazine, en passant par le monde du spectacle, elle a su se former sur le tas. Résultat, dans son activité d’aujourd’hui à Femina, elle connaît la valeur des choses et le travail qu’il y a derrière les vêtements qu’elle choisit de mettre en valeur. Souvent, chez elle, le côté artistique prend le dessus. « Il faut parfois me recadrer pendant les ­shootings ! » confie-t-elle.

Aujourd’hui, sa tâche de styliste pour l’hebdomadaire encar­té chaque semaine dans Le Matin Dimanche est plutôt physique, et parfois éprouvante. « Je travaille à 90 % mais dans la réalité, comme tous mes collègues, je fais beaucoup plus d’heures. Les gens ont une image idyllique du métier de styliste et surtout de shoppeuse, ils ne se rendent pas compte que c’est un véritable marathon. C’est un peu comme faire les cadeaux de Noël chaque semaine ! »

cabas noir à pois blanc

Son outil de travail indispensable ? Un cabas noir à pois blanc, assorti aux motifs de sa robe rouge et noir. Avec lui, elle arpente chaque semaine les rues de Lausanne à la recherche des nouvelles tendances pour les retranscrire dans les pages du magazine. Une fois à la rédaction, elle habille les modèles, dispose les vêtements à plat et collabore avec les photographes pour mettre en valeur les tenues à la mode. Sandra Luisier le sait : son métier est en mutation. Elle sera de plus en plus amenée à se diversifier. Mais pas résignée pour un sou, la styliste se sent prête, s’il le faut, à changer une nouvelle fois le cours de sa carrière.

Restez informées

Personnellement, rapidement et directement

Vous voulez savoir pourquoi nous nous engageons. Abonnez-vous à nos newsletters! Si vous avez des demandes personnelles, nos secrétaires régionaux seront heureux d’y répondre.

syndicom près de chez toi

Les secrétariats régionaux te conseillent de manière compétente

S'abonner à la newsletter