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« La solidarité est le meilleur des remèdes ! »

A l’occasion de la « Table des générations » organisée le 13 mai dernier à Zurich, syndicom – le journal s’est entretenu avec l’ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss et le jeune président de la Jeunesse socialiste nouvellement élu Fabian Molina. Nous leur avons demandé ce qu’ils attendent de la Table des générations et du contrat des générations et ce qu’ils pensent de la réforme Berset.

 

Ruth et Fabian, vous participez à la « Table des générations » de syndicom. Qu’attendez-vous de cette rencontre ?

Ruth : l’objectif est clair : la compréhension mutuelle des générations est une condition inaltérable de la solidarité et de notre engagement commun pour la justice sociale.

Fabian : je me réjouis à la perspective d’une discussion intéressante entre générations. Il est très important de renforcer la solidarité entre les différents groupes d’âge et de ne pas nous laisser monter les uns contre les autres. Le camp bourgeois, par exemple, continue à vouloir réduire les rentes et aggraver la répression contre les jeunes – nous devons donc nous défendre ensemble.

Qu’attendez-vous des différentes générations, quel engagement pour la société et pour votre génération en particulier ?

Ruth : je n’attends rien de particulier des personnes qui sont encore dans la vie professionnelle. Je leur suis reconnaissante de contribuer à l’AVS, tout comme nous l’avons fait auparavant et continuons à le faire via la TVA. J’aimerais qu’elles participent activement à la vie politique, syndicale et sociale, pour leur propre avenir.

Fabian : je souhaite que les personnes âgées continuent à participer aux discussions importantes et ne cèdent pas à la résignation. Et qu’elles s’efforcent de transmettre leur expérience très vaste aux jeunes générations. Aux jeunes ensuite de décider ce qu’ils en feront.

Que signifie pour vous le « contrat des générations » ?

Ruth : le contrat des générations n’est qu’un sous-chapitre du contrat social, comme l’appe­lait Jean-Jacques Rousseau. Il concerne quantité de prestations réciproques qui relient les humains à tous les niveaux. A mon avis, il faut considérer la vie d’un individu dans son ensemble. Selon les situations, il donne davantage qu’il ne reçoit ou inversement.

Fabian : le contrat des générations est l’expression de la volonté commune de solidarité, propre à la démocratie et à l’Etat de droit. Nous ne voulons pas avoir des personnes âgées qui peinent à survivre après avoir travaillé la majeure partie de leur vie. L’Etat social a permis de réaliser partiellement cet objectif, mais il est le résultat d’une longue lutte. Il renferme donc de nombreux compromis.

Comment considérez-vous la réfor­me de la prévoyance vieillesse 2020, décidée en grande partie par le conseiller fédéral et collègue socialiste Alain Berset ?

Ruth : l’idée d’Alain Berset de partir de la situation concrète des retraité·e·s est bonne. D’une part parce qu’elle implique une réforme globale, qui traite l’AVS et le 2e pilier ensemble, et qui recherche un équilibre entre les deux. D’autre part, parce qu’il en ressort que l’objectif d’une rente couvrant au moins 60 % du dernier revenu n’est pas suffisant pour les bas revenus. Ce qui me dérange le plus dans la proposition, c’est le fait que l’Etat ne serait plus contraint de garantir une contribution déterminée aux dépenses de l’AVS. Du fait de ma propre expérience en tant que conseillère fédérale, je comprends en revanche que certaines mesures, comme l’augmentation de l’âge de la retraite des femmes à 65 ans, s’imposent. Mais il faut aussi créer la possibilité d’une retraite anticipée socialement adéquate.

Fabian : nous, Jeunesses socialistes, saluons vivement le principe d’une réforme globale des 1er et 2e piliers. Mais nous ne soutiendrons pas le relèvement de l’âge de la retraite. Nous travaillons aujourd’hui déjà trop. Et avant de discuter d’un relèvement de l’âge de la retraite pour les femmes, il faut commencer par réaliser l’égalité des salaires. Par ailleurs, il est primordial que les gens puissent vivre de leur rente de vieillesse à la retraite, comme le propose l’initiative AVSplus, lancée par les syndicats.

Ruth, combien d’ami·e·s et de connaissances comptes-tu dans ton entourage qui ont moins de 30 ans ?

Ruth : je n’en compte plus beaucoup, car mes nièces et neveux ont plus de 40 ans. Mais je rencontre de jeunes collègues au sein du parti et des syndicats, lors de séances ou sur des stands.

Et toi, Fabian ? As-tu beaucoup de contacts avec des personnes plus âgées ?

Fabian : j’en connais beaucoup dans le parti et dans les syndicats, mais j’en rencontre aussi souvent dans mon entourage familial. C’est d’ailleurs souvent parmi les personnes d’un certain âge qu’on rencontre un regain de « radicalisme » et une plus grande volonté de changement, comme on l’observe aussi parmi les jeunes.

Quelles sont vos suggestions pour éviter un clivage de la société, et en particulier des générations ?

Ruth : je ne constate pas de clivage. Par contre, on voit une certaine solitude et un repli sur la sphère privée.

Fabian : ce qui est certainement essentiel, c’est de rester dans l’échange – comme à la « Table des générations ». Nous devons lutter ensemble pour une société plus juste, que l’on soit un homme ou une femme, étranger ou Suisse, jeune ou vieux. Cette solidarité est le meilleur des remèdes contre le clivage de la société !

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