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Le « quatrième pouvoir » s’affaiblit

Dans une démocratie, les médias sont considérés comme le quatrième pouvoir. A l’époque des « informations alternatives » et des « fake news », ce n’est plus si évident. Mais pourquoi des médias indépendants sont-ils donc si importants pour la démocratie ? Qu’est-ce qui les caractérise ? Et quelle place occupe syndicom dans ce débat ?

 

La démocratie directe exige des efforts – comme s’en seront rendu compte tous ceux qui se sont donné la peine de lire des documents relatifs à un projet de construction ou à la mise en œuvre d’un nouvel article constitutionnel. Aujourd’hui encore, l’essentiel des informations provient des médias classiques : quotidiens, radio et télévision. Mais les « nouveaux » médias gagnent lentement du terrain. C’est en tout cas ce que confirme une étude de l’Université de Fribourg, intitulée « médias et pouvoir sur l’opinion », qui a été commandée par le centre d’évaluation des choix technologiques (TA-Swiss).

Perception déformée

Outre les recherches individuelles effectuées par les internautes, principalement sur Google, les médias sociaux – Facebook et Twitter en tête – occupent une place toujours plus importante dans les campagnes d’opinion. On s’y livre une bataille sans merci pour le monopole de l’interprétation. Chacun peut poster sur les médias sociaux ce qu’il veut. Personne ne contrôle l’authenticité des « faits » propagés sur Internet. Au contraire : plus un message posté sur Facebook (FB) ou Twitter est racoleur, plus il a de chances d’être relayé par leurs algorithmes à très large échelle. L’équipe de Trump sait comment marche la dynamique virale intrinsèque à FB : il est indispensable de pouvoir s’appuyer sur la constitution d’une communauté la plus importante possible et la plus engagée possible en soignant son taux d’interaction (somme des interactions / nombre de fans). Facebook récompense une « nouvelle » sur laquelle on réagit, en adorant ou détestant, en la faisant suivre à ses amis. Et plus c’est provocant, plus ça marche, comme en joue Trump pour occuper l’espace.

Ce phénomène permet à de petits groupes extrémistes de se propulser à l’avant-scène, comme en atteste le nombre d’interactions provoquées par le site américain populiste d’­extrême-droite Breitbart : il atteint un score soixante fois supérieur au nombre cumulé de lecteurs du New York Times et du Wall Street Journal . Pas étonnant dès lors que l’ancien patron de Breitbart news , Stephen Bannon, a été nommé « stratège en chef » de la nouvelle administration de Donald Trump !

Basé sur des sources ou le diktat des sponsors

Les médias traditionnels sont soudain qualifiés de « médias mainstream », du simple fait qu’un grand nombre de personnes les lit. On insinue du même coup que le mainstream est dicté d’en haut (par l’« élite ») et qu’il propage par conséquent des mensonges. Or c’est précisément ce qui différencie les médias traditionnels des publications ou blogs partisans financés par des milieux privés, et souvent aussi politiques. Ces derniers publient ce qui leur est dicté par les sponsors en coulisses. En revanche, un texte écrit et publié selon les règles du journalisme n’a pas seulement été soigneusement recherché, mais aussi vérifié selon la « règle des deux sources », rédigé avec la plus grande objectivité possible. Pour l’heure, la plupart des journaux en Suisse se tiennent à ce code de conduite.

Le temps, c’est de l’argent

Ce type de journalisme prend toutefois du temps – et coûte aussi de l’argent, qui se fait rare en raison de la crise que traversent les médias. Les journalistes stressés manquent de temps pour effectuer des recherches, finissent par manquer d’attention et par commettre des erreurs. Et plutôt que de produire des articles, ils reprennent de plus en plus souvent des communiqués d’agences. Les mesures d’économie permanentes, la « restructuration » et la fusion de diverses rédactions décimées, ont porté un coup supplémentaire à l’image des médias. Il en résulte un journalisme uniforme et superficiel, alors même que les possibilités individuelles d’information sont quasiment illimitées.

Attaquer la SSR : comme un conflit d’intérêts pour Rickli

Pour éviter de s’attribuer la cause de la crise des médias imprimés, les grands éditeurs ont préféré désigner un ennemi commun responsable de leur triste sort. Il s’agit de la SSR, qui, grâce au produit de la redevance, est indépendante des investisseurs privés et demeure donc épargnée par le démantèlement constant. La TV et la radio profitent même des effets du transfert du print vers les médias électroniques. Grâce à ses contenus audiovisuels, la SSR – qui dispose d’un très bon équipement technique – pourrait être l’une des gagnantes de la transformation du paysage médiatique. En revanche, les grands éditeurs ont raté le tournant de la numérisation. Persuadés que la rentabilité est le but suprême, ils font dès lors cause commune avec la classe politique. Depuis peu, Tamedia (et avec elle le président des éditeurs Pietro Supino) collabore avec Goldbach Media, spécialisée dans la vidéo promotionnelle. Or c’est aussi l’entreprise qui emploie la conseillère nationale UDC Natalie Rickli et qui concurrence directement la SSR avec les fenêtres publicitaires de chaînes de télévision étrangères. Or en tant que présidente de la Commission des transports et des télécommunications, la représentante parlementaire défend une politique qui vise à empêcher l’information indépendante des stations de radio et de télévision de la SSR. Son camp politique est à l’origine d’une intervention qui exige que le Parlement décide à l’avenir de l’octroi de la concession de radio et télédiffusion. Les politiciens ne manqueraient alors pas de se disputer sur les contenus et la diffusion des programmes.

Pour leur part, les éditeurs ont suggéré qu’ils puissent reprendre gratuitement les contenus produits par la SSR. Cette idée d’« open content » – aussi soutenue par Natalie Rickli – signifie que les contribuables devraient payer pour des articles audio­visuels. Des articles que Tamedia et Cie revendent ensuite sur leurs sites Web (du Tages-Anzeiger à Riccardo.ch) par la mise en place de paywalls et via des recettes publicitaires. Contre de l’argent que nous aurons payé à double et qui, selon toute probabilité, n’est pas investi dans les rédactions, mais empoché par les actionnaires.

Ensemble pour un journalisme indépendant

Les partisans d’une presse indépendante et du pluralisme des médias doivent aussi s’organiser. Car il en va de la défense de la liberté d’information pour nous tous. La SSR est la seule grande entreprise de médias qui produit une large offre d’information pour toute la Suisse en restant indépendante de la politique et des intérêts financiers privés. Sa tâche deviendra toujours plus importante au vu de l’échec des médias imprimés classiques.

C’est pourquoi syndicom s’engage énergiquement avec le SSM et Impressum contre l’initiative « no Billag » et pour un financement de la SSR indépendant de la politique. Les trois syndicats sont en outre membres des organisations de lobbying Medias pour Tous et de l’Association pour la qualité des médias en Suisse

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