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Mise au pas du service public ?

« Non à Téléblocher », titrions-nous en une de notre dernière édition. Nous ne croyions pas si bien dire. Une semaine à peine après la votation, le tribun UDC Blocher tombe le masque. « A terme la SSR va disparaître », lâche-t-il à l’émission Forum (22.6.2015). Elle « doit redéfinir son périmètre en fonction du principe de subsidiarité. L’audiovisuel doit abandonner toutes les activités que les médias privés sont capables de mener de manière rentable. En revanche, la SSR doit continuer à produire de l’information globale, trop chère pour le privé », ajoute le milliardaire zurichois. On résume : bénéfices privés, déficits publics. Voilà le bel agenda néolibéral de cette droite décomplexée. La même logique attend La Poste : les morceaux rentables au privé. Ce qui ne rapporte pas (assez) au public.

La bataille est engagée depuis longtemps. « La SSR a un appétit d’ogre ! » se plaignait Valérie Boagno, présidente de Médias Suisses ( Tribune de Genève , 21.6.2010). « Il faut strictement limiter le service public sur le marché de l’information, nettement plus qu’auparavant », grognait Gerhard Schwarz, directeur de l’officine néolibérale Avenir Suisse ( Tages-Anzeiger et Le Temps , 23.12.2011). En début de campagne, Pietro Supino – l’actionnaire en chef principal de Tamedia, que l’on ne sent pourtant pas menacé par la SSR – vitupérait « la SSR et les habits neufs de l’empereur » ( LT , 31.3.2015). Pietro Supino parle d’une « fonction de compensation » pour restreindre la SSR aux « contributions importantes pour la politique nationale et que le marché ne propose pas ». Blocher parle-t-il par la bouche de Supino ? Juste deux éditeurs salivant devant la bête aux abois dont on va se partager les bons morceaux ? L’estocade est portée par Le Temps (16.6.2015) qui, le mardi suivant la votation, enfonce la dernière banderille avec son titre « Après le petit oui, un réseau se tisse pour mettre au pas la SSR ». A qui le tour ? Et qui sera là pour résister et défendre un service public qui a aussi ses défauts (trop de hiérarchies et de chefs, journalistes sous pression car en trop petit nombre…) ? Le fait que la SSR produise des émissions de grande qualité et que les Romands aient clairement fait pencher la balance du côté du Oui donne quelques espoirs !

Yves Sancey, rédacteur romand

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