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Soubresauts dans la branche télécom

Giorgio Pardini, responsable du secteur Télécom / IT à syndicom, évoque la suppression d’emplois chez Sunrise, la situation tendue du marché des télécommunications et ce qu’elle signifie pour l’automne salarial. Interview Patrick Probst*

Avez-vous été surpris que Sunrise annonce vouloir licencier plus de 200 employé·e·s ?

Giorgio Pardini : Pas du tout. En 2014, lorsque Swisscom a baissé les prix, notamment les taxes de roaming, j’ai prédit que des emplois passeraient à la trappe chez nos concurrents. J’avais estimé la perte à 300 postes. Malheureusement, j’ai vu juste.

Dans le cadre de la procédure de consultation menée chez Sunrise, syndicom et la représentation du personnel ont toutefois réussi à limiter la suppression à 175 postes. Comment se présente la situation chez Salt ?

Là aussi, les baisses de prix et les pertes de marge commencent à se faire sentir. Afin de contourner les licenciements, l’entreprise cherche à encourager par des incitations les départs volontaires pour supprimer ainsi un nombre important d’emplois. Près de 10 %, selon moi.

Swisscom peut-il se permettre cette lutte des prix ?

Il semble que oui. Grâce à sa part de marché élevée, il peut résister plus facilement que ses concurrents à la baisse des prix en exploitant les économies d’échelle. Son succès repose en outre sur des décisions stratégiques intelligentes.

La privatisation complète de Swisscom résoudrait-elle selon vous le problème des marges chez Sunrise et Salt ?

Non. Swisscom continue de jouer un rôle important pour le service universel. On le constate actuellement dans le déploiement des technologies d’accès à large bande. Swisscom assume un mandat économique important avec Sunrise et UPC cablecom. Swisscom contribue à ce que la Suisse soit le pays le plus compétitif au monde pour la septième fois consécutive, selon une étude du WEF (World Economic Forum). Un pays, où près de 50 % des employé·e·s sont soumis à une CCT.

L’acceptation de l’initiative Pro Service Public du magazine K-Tipp résoudrait-elle le problème ?

Non. Le titre de l’initiative ne tient pas sa promesse. L’initiative compromettrait les investissements dans la branche. Et aussi les emplois. Le problème de Sunrise et Salt aurait trouvé une solution si la fusion entre Sunrise et Orange avait été approuvée à l’époque. C’est sans doute trop tard à présent.

La pression sur les postes de travail est élevée dans la branche télécom. Parallèlement, les employé·e·s en font toujours plus, comme le montre la brochure de syndicom sur la délimitation du travail. La densification du travail augmente, ainsi que le travail gratuit fourni durant du temps supplémentaire non payé. Comment est-ce compatible ?

Nous voulions aussi le savoir et avons donc demandé au Bureau d’études de politique du travail et de politique sociale (BASS) d’analyser l’évolution de la productivité dans la branche télécom / IT. L’étude BASS confirme les résultats de notre enquête menée auprès d’un grand nombre d’employé·e·s. Les collègues travaillent effectivement plus, même beaucoup plus ! De 2008 à 2012, la productivité a ainsi augmenté de plus de 20 %. Mais elle ne s’est pas traduite en valeur ajoutée pour les employé·e·s. L’effondrement des prix a réduit à néant la productivité élevée du travail. Et cette évolution semble se poursuivre.

Vous portez donc un regard plutôt pessimiste sur l’avenir de la branche télécom ?

Malheureusement oui. Aux difficultés spécifiques de la branche viennent s’ajouter des problèmes connus : le franc fort et l’initiative contre l’immigration de masse compromettent aussi les investissements d’équipement nécessaires. Le recul des investissements touche actuellement tout particulièrement le marché télécom / IT.

Que peut faire le syndicat dans cette situation difficile du marché ?

Beaucoup de choses. Chez Swisscom, notre marge de manœuvre est grande, car nous sommes impliqués dans la planification stratégique du personnel. Le fait d’analyser à temps avec l’entreprise la viabilité des technologies et le moment de leur remplacement nous permet d’accompagner les mutations technologiques dans le cadre du partenariat social. Dans les faits, ceci signifie de miser sur les reconversions professionnelles pour que les employé·e·s puissent garder ou même améliorer leurs aptitudes sur le marché du travail, aussi lorsque la technologie change. Nous voulons tenter d’introduire ce modèle de réussite dans d’autres entreprises sous une forme adaptée.

Et sinon, de quelles autres marges de manœuvre dispose le syndicat ?

La formation et le perfectionnement permanent sont essentiels pour les employé·e·s de la branche et ils doivent être garantis. Le partenariat social doit se concentrer sur ces thèmes aujourd’hui et à l’avenir. Enfin, dans la situation actuelle, nos plans sociaux revêtent une grande importance. Notamment les programmes de replacement (outplacement). Ils permettent que les employé·e·s réintègrent rapidement le marché du travail.

La situation difficile du marché aura-t-elle un impact sur les négociations salariales de cet automne ?

Comme le montrent nos enquêtes, les employé·e·s sont de plus en plus performants. Dès lors, il est clair que nous exigerons plus de salaire pour une prestation accrue. Entre 1 et 2 %, selon les entreprises.

N’est-il pas contradictoire d’exiger plus de salaire quand la pression sur les emplois augmente ?

Non. Renoncer à des augmentations de salaire ne sauverait aucun poste. Et nous ne changerions rien à la situation en restant passifs. 1 à 2 % de salaire en plus n’augmentent que de quelques pour-mille les coûts globaux d’une entreprise. L’automatisation croissante, les technologies convergentes et le regroupement de divers segments de clientèle menacent davantage les emplois. Ce sont ces facteurs qui sacrifient le travail sur l’autel de la rationalisation.

* Directeur de Komform, bureau de communication

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