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UOG, pourquoi une Université « ouvrière » ?

En 2010, l’Université ouvrière de Genève (UOG) fêtait ses 100 ans. Et décidait de publier un livre retraçant le premier siècle de son histoire, qui vient de sortir. Une histoire d’émancipation : acquérir du savoir permet de faire valoir ses droits et en acquérir de nouveaux.

 

Lecture · Pourquoi une Université « ouvrière », alors que dans toute la francophonie on parle de « populaire » ? L’histoire de l’UOG explique cette particularité. Il y eut, avant la constitution même de l’UOG, plusieurs tentatives : trois jeunes universitaires (Eugène Pittard, Emile Yung et René Claparède), entreprirent de proposer des cours aux ouvriers qui, à l’époque, ne pouvaient pas suivre des études. « Si le peuple ne peut venir à l’université, il faut que l’université aille au peuple », répétaient-ils inlassablement. Mais les premières tentatives firent long feu. Et c’est seulement lorsque ces pionniers prirent contact avec les milieux ouvriers (syndicats, sociétés ouvrières) que l’UOG vit réellement le jour.

émanciper la classe ouvrière

Il y eut alors une conjonction de buts. Dans l’esprit des jeunes universitaires, il s’agissait de partager des savoirs scientifiques et culturels avec des ouvriers qui auraient eu la capacité de faire des études mais n’en avaient pas l’opportunité pour des raisons sociales et économiques en un temps où la démocratisation des études n’était pas encore née et où la classe ouvrière était très loin d’avoir droit à la formation qu’elle était capable de recevoir. Les milieux ouvriers, pour leur part, virent le profit qu’ils pouvaient tirer d’une telle institution pour développer l’émancipation de la classe ouvrière à laquelle ils aspiraient. A côté des cours universitaires furent donc organisés des cours spécifiques aux militants syndicaux, pour qu’ils acquièrent des outils théoriques et pratiques, pour le combat ouvrier. Ces armes leur permettraient de faire valoir leurs droits, en acquérir de nouveaux et, de la sorte, revendiquer et prendre leur place dans la société.

L’histoire de l’UOG sera donc la conjonction de ces deux buts, et non leur opposition. C’est ainsi que cohabitèrent des cours scientifiques parfois très pointus (astronomie, anthropologie, physique, littérature…) et des formations plus directement nécessaires au combat ouvrier. Et quand débuta une grande immigration dans les années 1960, l’UOG créa et développa des cours pour travailleuses et travailleurs immigrés. Il s’agissait là aussi d’une part de promouvoir leur intégration sociale et culturelle, mais aussi de leur faire prendre leur part dans le combat social et syndical en connaissant mieux la société qu’ils et elles contribuaient à construire. L’UOG qui s’adressait à des exclus du début du XXe siècle le fit alors pour des exclus de la fin de ce siècle.

Toujours le même objectif

La fonction des cours scientifiques tendit peu à peu à diminuer : la démocratisation des études permit aux enfants d’ouvriers d’accéder aux études supérieures, et la télévision mit à la portée de chacun·e une certaine culture générale. Mais l’UOG mit sur pied d’autres formations, toujours à l’adresse de certaines catégories « d’exclus » : demandeurs d’emploi, jeunes – voire adultes – en décrochage de formation après leur scolarité, cours de français adaptés à certains métiers, ou tout simplement des cours d’alphabétisation pour immigrés ayant eu peu ou pas de scolarité.

C’est ainsi que tout au long de son histoire l’UOG a cherché à promouvoir non seulement la réussite personnelle de ses élèves, mais également leur conscience et leur capacité à prendre collectivement leur place dans la cité, l’emploi et la société en participant à un processus d’émancipation collective et démocratique.

Le livre est disponible auprès de l’UOG (www.uog.ch)

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