Interview de Erica Hennequin députée au parlement Jura

« Un espace primordial pour les mouvements citoyens »

Sergio Ferrari*

Erica Hennequin est députée au parlement jurassien, présidente du groupe parlementaire VERTS et CS-POP et de Sortir du Nucléaire Suisse romande. Elle a participé à cinq éditions du Forum Social Mondial. Réflexion rétrospective avec une vision d’avenir.

Q : Vous avez déjà participé à plusieurs FSM avec diverses délégations suisses. Quelles sont les éléments que vous considérez comme les plus importants de ces expériences ?
Erica Hennequin : J’ai eu la chance de participer au tout premier Forum social mondial, à Porto Alegre en 2001, puis à ceux de Belém, Dakar, puis, deux fois, à Tunis. Ces rencontres mondiales étaient, dans un premier temps, destinées à faire contrepoids au Forum économique de Davos et c’était primordial. Pourquoi les 99%  n’auraient-ils pas la possibilité de créer des réseaux et de globaliser la résistance ? Le choix des lieux a été déterminant pour l’engagement des participant-e-s. Par exemple, Belém (2009), en forêt amazonienne, correspondait au moment où je travaillais sur la question des agrocarburants au Parlement jurassien. Les plantations de canne à sucre et la visite d’une entreprise qui fabriquait ce type de carburants m’ont renforcée dans ma détermination à un engagement fort dans ce domaine. A Tunis, c’était juste après le printemps arabe dans cette région. Nous avons rencontré des représentant-e-s de ce processus, notamment les femmes pour la démocratie qui s’inquiétaient de perdre certains acquis pour elles avec l’arrivée d’Ennahdha. Ainsi, nous avons pu, modestement, soutenir et renforcer leur lutte. C’est du moins ce qu’elles nous ont fait savoir. Cela démontre la nécessité de globaliser les résistances afin de nous encourager réciproquement dans nos engagements.

Q : Pour une militante associative et politique, se rendre à un espace comme le FSM signifie une sorte de formation continue et l’opportunité de débattre / confronter ses idées dans un cadre international plus large ?
On ne peut nier le côté formation continue de l’espace Forum social mondial. Pour ma part, je parlerais d’abord de « motivation continue ». Il existe en effet une dynamique de volonté de changements dans toutes les parties du monde, et cela on ne peut en prendre concrètement conscience que lors de rassemblements tels que celui-là. Le slogan « Un autre monde est possible » s’est petit à petit mué en « Un autre monde est nécessaire », comme nous l’avons vu à Tunis notamment. Le travail est tellement immense que la rencontre et le réseautage de nos luttes sont indispensables pour ne pas perdre courage. Confrontés à d’autres mouvements sociaux, à d’autres priorités de luttes et de recherche d’alternatives on se renforce mutuellement.

Q : Quelles sont vos attentes quant à ce prochain FSM qui va se réaliser dans un pays et un continent avec de forts « airs néolibéraux » ?
2018 est une année électorale importante au Brésil. Le choix de ce pays pour cette édition du FSM n’est bien sûr pas un hasard. Le fil rouge sera la résistance, la transformation et la création. On a vu que la démocratie a été mise à mal dans ce pays, mais c’est une tendance générale que nous pouvons constater en Europe également. Des airs de néolibéralisme flottent un peu partout. Cependant, les alternatives fleurissent également du nord au sud et du sud au nord. La jeune génération n’est pas prête à se laisser étouffer par la finance et la seule perspective de consommation. Le Forum à Salvador de Bahia – qui a été un endroit stratégique de l’esclavage au Brésil et dans le monde – sera symboliquement fort de par son histoire et ses communautés très diversifiées. Dans maints espaces, nous pourrons réfléchir à la manière dont nous continuerons non seulement à résister, ce qui est fondamental, mais surtout à proposer de nouvelles réponses aux enjeux actuels.

Q : De votre perspective écologiste, quelles seraient les thèmes plus significatifs de Salvador 2018 ?
Nous avons la chance de pouvoir débattre en ce lieu qui est un terroir de diversités dans tous les sens du terme. Je suis certaine que ces diversités imprègneront tous les échanges et nous serviront de base de réflexion. En tant qu’écologiste, la diversité est fondamentale et doit être revalorisée. Les tendances des décideurs de cette planète vont dans le sens inverse. On doit malheureusement constater des concentrations, que ce soit au niveau des biens financiers ou des biens économiques – les multinationales en sont un criant exemple. Partout où nous nous trouvons, il faut nous approprier ou réapproprier les droits, que ce soit pour les citoyennes et les citoyens, que ce soit dans les régions urbaines ou dans les campagnes. J’attends évidemment que non seulement le thème du climat soit présent dans les réflexions, mais également les questions des migrations et des échanges commerciaux.

Plus globalement, le Forum social mondial comme espace pour les mouvements citoyens est aujourd’hui primordial. Un des ses grands mérites est de rendre visibles nos actions.

*collaboration de presse E-CHANGER, avec le soutien de la FEDEVACO

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